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Retranscription du Tuyau, numéro 3, page 7 (24 août 1916)

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Le 14 juillet à Paris - Le 14 Juillet a été, cette année, à Paris, fêté d'une façon grandiose et émouvante.
Pour commencer une revue a eu lieu dans la matinée sur l'esplanade des Invalides, à laquelle ont pris part des troupes envoyées par les différentes armées de l'Entente. Le président de la République y assistait.
A l'issue de la cérémonie, M.Poincaré, s'est rendu au Grand Palais. Un millier de personnes en deuil étaient réunies dans la Grande Salle du rez-de-chaussée, attendant que l'on procédât à la distribution des diplômes accordés en exécution de la loi du 27 avril 1916 aux familles des soldats tombés pour la patrie. Le Président de la République, les ministres, les présidents de chambres et membres du Corps diplomatique prirent place en face d'elles. Puis la musique de la Garde exécute tout à tour la Marseillaise, les hymnes russe, anglais, belge, italien et serbe. Le président prononça un discours ferme et ému. Enfin eut lieu la remise des diplômes.
Le modèle de ces diplômes est du à M. Charles Coggier. Le motif principal en est le groupe bien connu de Rude, la Marseillaise et l'Arc de triomphe. L'encadrement porte en hait l'inscription suivante: "Aux Morts de la grande guerre" qui se complète en bas de l'encadrement par ces mots: "La Patrie reconnaissante". Au dessous de la reproduction du groupe de Rude, M.Coppier a gravé la strophe maintenant classique de Victor Hugo:
Ceux qui, pieusement, sont morts pour la patrie
Ont droit qu'à leur cercueil la foule vienne et prie,
Entre les plus beaux noms de leur nom est le plus beau:
Toute gloire près d'eux passe et tombe éphémère
Et comme ferait une mère,
La vois d'un peuple entier les berce en un tombeau.
Au dessous de la reproduction de la Marseillaise, le diplôme porte les indications suivantes:
A la mémoire de
(nom du combattant)
Mort pour la France
le .............
Hommage de la nation
Loi du 27 Avril 1916
Le Président de la République
Raymond Poincaré
A l'occasion de la fête nationale, cinq cents de ces diplômes devaient être délivrés. Lorsque le président eut terminé son discours, les parents, en une longue file silencieuse et lente, s'avancèrent et passèrent devant M.Poincaré qui donna à chacun le parchemin si chèrement acheté, tandis que les choeurs du Conservatoire et de l'Opéra Comique, accompagnés par la Musique de la Garde, chantaient l'hymne de Saint-Saëns, la Gloire, et l'apothéose de Berlioz. L'impression produite fut très profonde.
Restait la dernière partie de la fête, le défilé des troupes. Le Président de la République, avec sa suite, vint occuper une tribune qui avait été dressée devant l'entrée principale du Petit Palais, et les détachements qui avaient pris part à la revue commencèrent à défiler devant lui, le long de l'avenue Nicolas II. Un peloton de gardes républicaines à cheval ouvrait la marche, suivi du général Galopin et de son Etat-Major.
Puis, venaient, musique en tête, les Belges, fantassins en Khaki, casqués de fauve, mitrailleurs, cyclistes et lanciers.
Après eux la musique de la Garde Ecossaise, entrainant de ses accents les highlanders à la petite toque carrelée, les Tommies impeccables, des bouquets de roses piqués à leurs baïonnettes, les Hindous aux jambes fines, aux yeux profonds sous leurs turbans jaunes, les Australiens aux grands feutrés en bataille, les Canadiens athlétiques qui portent un ruban rouge à leurs chapeaux.
Ensuite défilèrent les Russes, d'abord le général Lokhoitsky, avec sont Etat-major, puis l'infanterie, s'avançant en grandes masses, d'un pas lourd et cadencé, aux accents d'une mélopée farouche.
Enfin les Français. Batteries et musiques en tête, les clairons cravatés de flammes multicolores, les casques bleus passèrent d'un pas court, décidé et souple, puis vinrent les chasseurs à pied avec leurs fanions jaunes et bleus, puis les tirailleurs algériens précédés de leurs grêles noubas, les chéchias se balançant en mesure, puis les Alpins sombres, puis les Annamietes avec leur costume Khaki, leur pélerine bleu pastel soigneusement roulée sur leur petit sac jaune, puis des trompettes d'artillerie, un escadron de dragons coiffés de leur bourguignote, suivi d'une batterie de 75 bleu horizon, les caissons couverts de fleurs.
Un barrage d'agents fermait la marche.
Les troupes, après avoir défilé devant le Président de la République, gagnèrent par l'Avenue des Champs Elysées, la Concorde, et la Madeleine, la ligne des Grands Boulevards qu'elles suivirent au miliei des acclamations populaires jusqu'à la Bastille où eut lieu la dislocation.


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