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Retranscription du Tuyau, numéro 4, page 5 (21 Septembre 1916)

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rajeunissement des cadres, les Anglais, lorsqu'il s'agit de mettre the right main in the right place, ne tiennent aucun compte de l'âge.
On cite comme un record le cas du champion du rugby Mobbs, passé dans l'espace de quelques mois de soldat de deuxième classe au grade de Chef de bataillon.
Voici dans le même ordre d'idées, une historiette amusante que l'on conte dans les cercles militaires anglais.
Le général X... venait un jour cantonner avec sa division dans une localité de l'arrière. Lors de son précédent passage trois ou quatre mois auparavant, il avait occupé dans cette petite ville un logement particulièrement confortable et désirait beaucoup le reprendre. Mais à son grand désappointement il le trouva possédé déjà par un officier supérieur d'une division voisine.
La rencontre en soi n'avait rien que de banal. Le piquant de l'affaire c'est que les deux officiers s'étaient une fois déjà trouvés en concurrence dans des conditions semblables. L'officier supérieur en question n'était à cette époque que Major. De valeur remarquées il était passé depuis lors lieutenant-Colonel, puis Colonel, et savait de bonne source qu'il était à la veille d'être promu général. Sa nomination n'était plus qu'une question d'heures.
Il faisait ce jour-là, parait-il, un temps de chien... Le nouveau colonel qui s'apprêtait à sortir au moment de la visite du général avait enfilé un waterproof qui cachait complètement l'insigne du grade.
Ennuyé du contre-temps, le général ne cherchait pas à dissimuler sa mauvaise humeur.
- Il faudrait bien cependant, déclara-t-il d'un ton sec, que les simples majors de décidassent à ne pas occuper systématiquement des logements de généraux.
- Pardon, sir, répliqua doucement le colonel, je ne suis plus major...
- Ah! lieutenant-colonel vraiment? Je n'avais pas remarqué à la Gazette - compliments.
- Merci, sir... Mais je ne suis plus lieutenant-colonel
Cette fois le général sursauta:
- Colonel alors?
Et derechef il prononça:
- Compliments
Puis ne pouvant décidément refouler sa mauvaise humeur:
- N'importe, éclata-t-il enfin, vous n'êtes tout de même pas général!
- Non, sir, repartit le colonel suavement, pas encore... mais je le serai probablement demain...
On prétend que le général, en offrant pour la troisième fois ses congratulations avait un sourire un peu forcé.

A propos de l'Arménie. Les relations de la France et de l'Arménie ne datent pas d'hier.
Dès la fin du 17e siècle il y eut une colonie arménienne à Paris, et assez nombreuse semble-t-il.
Vers 1660, en effet, arrivaient de Marseille quantité d'Arméniens, coiffés du bonnet national - ils apportaient sur les marchés de France du café en balles, nectar alors inconnu, dont-ils cherchaient à vulgariser l'usage.
Mais le public résistait "Kafé, cavé (1), disait-on. Les trafiquants, pour écouler leurs produits, installèrent dans les "cafés" nouvellement ouverts - on ne connaissait auparavant que les cabarets ou les tavernes - des cohortes de garçons serveurs qui portaient tous l'habit arménien et le bonnet cônique en peau de mouton.
Mais aux questions que leur posaient les indiscrets Parisiens, ces figurants étaient bien forcés de répondre, en français, qu'ils n'avaient d'Arménien que le déguisement.
Dans une pochade intitulée La Foire Saint-Germain qu'on joua trente ans plus tard, un des principaux personnages était ainsi qualifié à la distribution des rôles, Lorange, marchand de caffé, vêtu en Arménien.
Et dès le première scène, il avouait à Mr Musset, modiste, qu'il était un Arménien, "d'essence très particulière, naturalisé depuis trois semaines."

(1) Cave en latin, prends garde. "Du café, défie-toi"
Le Glaneur


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