précédent

Voir le journal en version originale.

séparation

Retranscription du Tuyau, numéro 4, page 7 (21 Septembre 1916)

séparation

Les endroits où l'on se bat
Péronne et son passé

Péronne, 4816 habitants sous-préfecture (Somme) sur la rive droite de la Somme. Louis XI, retenu prisonnier par Charles le Téméraire, fut forcé d'y signer un traité onéreux (1468).
C'est à ces brèves indications que se bornent en général les dictionnaires quand il s'agit de caractériser la petite ville du santerre vers laquelle depuis les premiers jours de Juillet se tournent toutes les imaginations françaises.
En réalité Péronne est, parmi les villes de la France, une de celles dont le passé est le plus riche, et l'on n'a pas épuisé son histoire, lorsque l'on a rappelé la fameuse et piquante rencontre de Louis XI et Charles le Téméraire.
Les origines de Péronne sont anciennes. La reine Radegonde, femme de Clotaire 1er, la sainte qui devait plus tard se faire religieuse, et fonda le monastère de Sainte Croix de Poitiers, y avait un château où elle vivait heureuse, loin des brutalités de son sauvage époux. Péronne était déjà un bourg considérable quand les Normands en 881, en firent un amas de ruines. Mais elle se releva rapidement. Quelques années plus tard, on voit la châtellenie de Péronne figurer parmi les principaux apanages du Comté de Vermandois. Pendant plusieurs siècles, la ville, au hasard des guerres, passa successivement aux mains des Comtes de Vermandois, des comtes de Flandre, des ducs de Bourgogne, jusqu'au jour où Philippe Auguste la réunit à la couronne avec toute la province de Vermandois.
Le traité d'Arras en 1435 la livra aux ducs de Bourgogne. Mais le roi de France s'était réservé la faculté de la racheter ainsi que les autres villes situées sur les deux rives de la Somme, moyennant 400 000 écus. Louis XI versa la somme en 1463, et recouvra ces villes. Mais Charles le Téméraire en conçut un vif dépit et voulut reprendre par les armes ce que le roi de France lui avait enlevé par argent. Le 3 octobre 1465 Péronne tombait en son pouvoir. C'est alors que Louis XI commit l'invraisemblable imprudence - invraisemblable surtout de la part d'un tel homme - de se rendre à Péronne pour négocier avec son adversaire.
On connait l'histoire de cette entrevue de Péronne, et comment le roi ne sortit du château où le duc le retenait prisonnier qu'en cédant au Bourguignon ses provinces de Brie et de Champagne. Neuf ans plus tard, à la mort du Téméraire, Louis XI reprenait Péronne. La ville dès lors était française et bonne française. Elle donna au siècle suivant une preuve éclatante de sa fidélité. En 1536 Charles Quint avait dépêché en Picardie deux de ses meilleurs lieutenants: le Comte de Nassau et le Comte de Raux, avec ordre de réduire toutes les villes de la province. Tandis que celui-ci assiegeait Saint-Riquier, celui-là venait investir Péronne. Or tous deux échouèrent dans leur entreprise, et non point seulement à cause de la vaillance des garnisons françaises qui défendaient ces villes, mais encore parce que la population civile prit une part active à la résistance, et parce que dans l'une et l'autre des deux cités, des femmes, émules de Jeanne Hachette, enflammèrent le zèle des défenseurs et leur donnèrent l'exemple.


précédent

Voir le journal en version originale.

séparation