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Retranscription du Tuyau, numéro 8, page 3 (21 décembre 1916)
Echos
Où il est question d'un roi de Pologne, de l'abbaye de Quedlinburg, du Maréchal de Saxe et de Madame George Sand Un joli titre de chapitre pour un roman feuilleton, n'est-ce-pas? Un titre capable de faire rêver M.Pipelet, Jenny l'Ouvrirère ou Gavroche. En réalité l'anectdote que je vais vous conter n'est point due à l'imagination d'un romancier populaire. Elle est authentique. Et si Quedlinburg et la France s'y révèlent unis par des liens que sans doute ne soupçonniez-vous pas, c'est que la Fortune ne met pas moins d'ingénieuse fantaisie dans l'agencement des destinées humaines que les écrivains dans le choix de leurs intrigues. Donc à la fin du 17e siècle vivait un électeur de Saxe qui devint en 1697 roi de Pologne sous le nom d'Auguste II. Vous le connaissez tous. C'est celui-là même dont Voltaire a dit pour le vanter, je suppose, le loyalisme des Polonais plus que pour stigmatiser leur intémpérence, que "Quand Auguste avait bu, la Pologne était ivre". Ce roi qui fut détroné par Charles XII, mais qui retrouva, à la mort de l'aventurier suédois, ses titres et sa couronne, eut longtemps pour amie très chère une comtesse allemande, Aurore de Koenigsmark. De leurs amours naquit un fils, - ul fils illustre, Maurice de Saxe que le Régent appela en France et qui remporta pour le compte de Louis XV les victoires de Fontenoy et de Raucoux. Comme tout lasse, et passe, et casse, un jour vint où le roi rompit avec la dame, et si celle-ci, de même que - avant-elle -, tant d'autres belles abandonnées, résolut d'offrir au Seigneur les restes d'une beauté qui avait charmé les hommes et dont les hommes ne voulaient plus. Elle entra dans un monastère, à Quedlinburg même, et sans doute parce qu'étant noble et presque reine, elle avait l'habitude du commandement, on ne tarda pas à la nomme abbesse, titre qu'elle garda jusqu'à sa mort, survenue en 1738. Cependant Maurice de Saxe continuait en France sa carrière triomphale. Favori de Mars il était comme de juste aimé des belles. Il les aimait, tant et si bien que d'une de ses aventures galantes naquit celle qui devait être la grand'mère d'Aurore Dupin, baronne Dudevaut, en littérature Georges Sand. La dame de Nohant eut donc pour trisaïeule la Comtesse de Koenigsmark. Un des plus français parmi nos romanciers descend d'une abbesse allemande. Que l'ethnologie est une science pleine de mystères!
La mort d'Emile Verhairen Emile Verhairen qui était allé faire une conférence à ROuen, a trouvé la mort dans un accident de chemin de fer, alors qu'il revenait de Paris. Telle est la pénible nouvelle que l'agence Wolf nous a annoncée, le 28 Novembre 1916. Verhairen était une des gloires littéraires de la Belgique. Né en 1855 à Saint-Amand près d'Anvers, il se fit connaître en 1883 par un recueil de poésies "Flamandes" que suivirent bientôt d'autres volumes "les soirs", "Les Flambeaux noirs", "Les Débacles". Mais ce qui consacra sa réputation, ce furent les grands ouvrages qu'il publia sous le titre des "Les Apparus dans mes chemins", "les Villages illusoires", "Les Campagnes hallucinées", "Les Villes tentaculaires", "Les Visages de la Vie", "Les Forces tumultueuses", dans lesquels, en des vers d'une facture et d'un style plus académiques, mais tout vibrant d'une conviction forte, il se faisait le poète de l'âge moderne, dénonçant le charme mauvais qui entraîne le paysan loin des champs vers l'usine et prédisant les révolutions futures. Verhairen avait écrit également pour le théâtre. Dans "les Aubes", il marquait l'opposition souvent sanglante du peuple des villes et du peuple des campagnes. "Le Cloître" traitait un épisode de la Question sociale, la lutte à l'intérieur d'un monastère des moines roturiers qui par droit d'intelligence réclament l'autorité contre les moines nobles qui la détiennent par droit de naissance. "Philippe II" enfin donnait un tableau effrayant de l'Inquisition et de ses méfaits. Une "Hélène de Sparte" que le poète avait composée n'a pas été jouée en France. La mort de Verhairen est une perte pour la Belgique et pour la littérature française. Elle sera vivement ressentie dans tous les milieux de l'Entente.
Les fortifications de Bapaume Un de nos camarades, nous écrit pour nous demander si Bapaume est une ville fortifiée. Voici les renseignements que nous avons pu recueillir à ce sujet auprès des gens du pays. Bapaume fut jadis une ville forte, elle était une sorte d'avancée de la fameuse ceinture de fer de Vauban. Mais ses fortifications avaient si peu de valeur que dès le temps de Louis Philippe on décida de les abattre. L'opération du démantèlement fut menée d'une façon assez originale. Au lieu d'en confier le soin à des maçons et à des terrassiers, on organisa en 1847 des manoeuvres de siège sous le commandement des
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