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Retranscription du Tuyau, numéro 9, page 4 (4 janvier 1917)

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- Oh! Monsieur le Général! Je vous demande pardon! En effet Monsieur le Général a encore les moustaches très brunes.
Le Général se mit à rire.
Ah! n'est-ce pas, Mademoiselle? Vous en convenez! Alors il faut corriger le portrait.
Et tirant de sa poche un crayon bistre, le général D... rétablit la vérité quant à ses moustaches.

Footitt restaurateur
Quelqu'un qui au début de la guerre se trouva vraiment sans emploi, c'est Fooritt, le fameux et irrésistible Footit qui avec son compère Chocolat, nous divertit tant de fois aux jours de notre lointaine enfance, quand au Cirque de la rue St Honoré on ne jouait pas encore... l'opérette. Avec la guerre finies les pirouettes et les cabrioles. Footitt qui a passé l'âge d'être mobilisé ne sut donc que devenir. Mais Footitt n'aime pas l'inaction. Footit a voulu faire quelque chose. Footit s'est fait restaurateur! "Mr Footit" tient maintenant un bar dans une rue qui porte le nom d'un profond philosophe. On y déjeune, on y dine et il faut entendre le "patron" avec accent inimitable dire à un client Voulez-vous du paoulet saouté? C'est saouté très saouté comme je saoutais moi-même yes!
Et Footitt a parfaitement bien fait, d'autant plus qu'il y a beaucoup de monde chez lui.

Quand finira la Guerre?
Voulez-vous savoir en quelle année finira la guerre?
C'est très simple à la condition que vous soyez marié. Inscrivez le millésime de l'année de votre naissance. Ajoutez à ce chiffre celui de votre âge. Ajoutez le millésime de l'année de votre mariage. Ajoutez le nombre de vos années de ménage. Ajoutez enfin le chiffre 4. Faites l'addition et divisez par 2. Si vous n'obtenez pas le chiffre 1918, c'est que vous ne savez pas faire une addition.

Le Glaneur

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Noël 1916

De la noblesse, de la roture et des bateleurs
Ce ne fut pas, comme on pourrait le croire, la noblesse qui paya les bateleurs pour amuser la roture, ce ne dut pas davantage la roture qui exhiba des bateleurs pour plaire à la noblesse; et ce fut encore moins les bateleurs qui prétendirent distraire la noblesse et épater la roture. Mais les bateleurs, la roture et la noblesse dans un même esprit et animés de désirs communs, s'offrirent pour une fois la joie de se divertir de compagnie tout en s'essayant à satisfaire ceux qu'avait attirés leur présence.
Le public était dense et le service d'ordre qu'assuraient deux gardiens de la paix fut quelquefois submergé. Les paniers de la Marquise, les souliers blancs de Pierrette et le chapeau pointu de Colombine en souffrirent quelque peu. Un personnage nous parut cependant à l'aise dans cette cohue. Le fou qui gambade trois heures durant, criant, sautant, trébuchant, plein d'ardeur et inlassable. Rival peu dangereux, les privautés qu'il se permit à l'égard de leurs compagnes furent laissées impunies par un Pierrot débonnaire, un Arlequin jovial et un Marquis dédaigneux. Mais ses mille tours et ses bouffonneries lui valurent maintes fois l'honneur d'être admis au Quadrille des Maîtres où pour l'inviter peut-être à plus de calme, au concentrer davantage son attention, on ne lui permit comme partenaire qu'un petit page blanc. Les costumes étaient chatoyants et de la plus fine étoffe et seyaient à ravir les couples gracieux et fort avenants. Non moins avenants mais d'une élégance toute démocratiques, se présentèrent pour être unis par le mariage un poilu et sa Marraine. Jeunes tendres et absorbés par je ne sais quelles confidences ils avaient perpétuellement à se faire, ils ne prêtèrent pas à la cérémonie qu'un oreille distraite, troublés en outre, par un beau-père turbulent et une suite non moins tapageuse. Le Maire ne parvenant pas sans peine à faire respecter les rites légaux et en arriva à force de patience à arracher aux époux, un mutuel consentement. Après qu'une amie complaisante leur donna quelques conseils et leur dévoila les secrets du bonheur d'où il résulte que leur vivre heureux il n'est pont nécessaire comme le prétend le sage de vivre caché, mais simplement de vivre en bonne intelligence avec son prochain.
Elégante formule que d'aucuns devraient bien méditer!
Cependant que nobles et roturiers voisinaient sur l'estrade aux prises avec un photographe burlesque et obséquieux, les bateleurs se livraient à des exercices savants d'équilibre et à des travaux de force et de souplesse. Toutes ces dames, et les Messieurs aussi, admirèrent l'élégance de formes du gymnaste et se plurent aux fantaisies hilarantes de son servant.
Puis, nobles, roturiers et bateleurs, aux sons d'un orchestre aussi vibrant qu'il fût infatigable, menèrent une ronde effrénée où le plus fou ne fut pas cette fois celui qu'on pense.

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