Retranscription du Tuyau, numéro 2, page 2 (22 juillet 1915)

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Propos d’un prisonnier
"Le Cafard"

Je ne vous ferai pas l'injure de vous présenter le cafard. Nous le connaissons tous ici, certains même l'ont vu d'assez près pour marquer leur couvre-chef de sa sinistre image: un énorme bide et six paires de courtes pattes garnies de poils.

Ce dangereux parasite s'attaque de préférence aux organismes débilités par l'annonce de malheur domestiques ou publics. Votre femme s'ébat-elle trop gauloisement avec un embusqué, voire même avec un allié? Un mouvement de recul stratégique russe vous promet-il un délicieux rabiot de six mois de villégiature dans le Harz? Le cafard a trouvé sa proie; il vous tient désormais dans ses terribles pinces.

On a constaté même de véritables épidémies qui s'annonçaient toutes par une floraison inusitée d'extrablatts et de grands pavois flottants aux quatre points cardinaux du camp.

Dès qu'il est atteint, le malade présente ses symptômes des plus faciles à reconnaître. Au dehors vous le verrez se promener, solitaire et les yeux obstinément fixés sur la pointe extrême de ses souliers. A l'intérieur de la Baraque, il s'effondre sur sa paillasse qui, seule, après dix mois de captivité, trouve encore la douceur nécessaire pour endormir ses maux.

Mais comment guérir, me direz-vous? Hélas à défaut d'un déplacement sur la Côte d'Azur réservé aux millionnaires doublés de neutres, je ne puis que vous donner trois bons conseils que voici:

Faites vos muscles avec le professeur L. gn. s –

Allez entendre l'orchestre du Maestro Ch. t. n . t –

Et surtout lisez le "tuyau" le seul qui tue le microbe, source unique du mal

H. Saussier

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Le Monde

Le 15 juillet pour fêter la St Henri, Mr Miremont a réuni quelques amis à diner. Il les a reçus dans les somptueux salons de la Baraque 2 B dont on connaît la splendide architecture. On a particulièrement remarqué la ravissante décoration florale.

Reconnu parmi les convives Mr l'adjudant Artola, M Mrs Buret, Courrède, Sergent, Flattot, Bayard, Le Bas, Simon, Emanuel, Crestou, Coupel, Aramburu, Kircher, Caresse etc......

Au dessert le distingué critique musical du "Tuyau" a porté un toast au maître de maison, ainsi qu'à M.M. Sergent et Flattot qui se nomment également Henri.

Il a été fort applaudi.

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Bourse des Valeurs et Marchandises

La saison d'été n'est guère favorable aux transactions, la plupart de nos gros "leaders" ayant depuis quelques temps déjà déserté la place. De leurs vastes possessions minières qu'ils étaient allés reconnaître, on signale cependant le retour des frères Tamargent, les spéculateurs bien connus, et l'on espère qu'après le temps de repos qu'ils se sont vus dans la nécessité de prendre, leur présence est susceptible de donner aux échanges un certain regain d'activité.

En attendant le marché languit et c'est à peine si l'on côte encore quelques rubriques. Les principales valeurs russes: serviettes, gamelles, chaussettes sont presque introuvables, seules, des blouses, usagées et défraîchies, trouvent encore par ci par là, quelques acquéreurs au prix de "polmark et la chemise". L'article capote qui avait donné lieu tout l'hiver à des affaires suivies est pour ainsi dire délaissée, l'arrivage même des modèles anglais, de formes seyantes, n'a pas attiré toute l'attention méritée, mais les intéressés attendent sans doute pour se couvrir des temps meilleurs.

Le marché du coton, seul semble vouloir offrir quelque résistance. Soutenu par un noble étranger que son habituelle profession oblige à manipuler une matière dont le contact est généralement considéré comme prédisposant à la chance, l'article est fort demandé par tous ceux qui se réservent d'offrir à leurs proches, au retour, un mouchoir souvenir ou une layette armoriée.

Quant au marché de l'alcool il a beaucoup perdu de son (censure) depuis qu'une des "grosses légumes" du "Tuyau" tend de plus en plus à s'en réserver le monopole.

G.G. J.

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Nos sociétés

Le Groupe Musical qui avait été la semaine dernière sur le point d'envisager sa dissolution, continue heureusement sa brillante carrière.

On prête à certaines personnalités marquantes l'intention de fonder la "société en nom collectif des mines de papier mâché"

G. J.