Retranscription du Tuyau, numéro 2, page 4 (22 juillet 1915)

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Chronique sportive
Une fête coupée en morceaux

Jamais pluie n'aura été accueillie ici avec plus de satisfaction que celle qui n'a cessé de tomber du matin au soir du 14 courant. Ce n'est pas évidemment une raison parce qu'il a fait un temps à ne pas mettre un prisonnier dehors pour qu'on essayat de nous mettre dedans, mais puisque des raisons (censure) les projets que nous avions conçus pour commémorer de façon calme (censure) notre fête nationale, "sont (censure) "tombés dans l'eau", mieux vaut en effet, que cet élément naturel n'ait pas été entièrement étranger à leur échec. La bonne nature nous a apporté ainsi une consolation, et a même poussé la complaisance jusqu'à faire souffler dimanche un vent qui chassa opportunément quantité de nuages menaçants, si bien que l'on put disputer le matin quelques-unes des épreuves inscrites au programme. Hâtons-nous de dire qu'elles n'offrirent qu'un médiocre intérêt, la plupart des inscrits n'ayant pas daigne se présenter. Nous excusons les malades, les employés et les "déportés" quant aux autres nous nous contenterons de déplorer leur manque d'éducation sportive.

Les différents genres de saut mirent en relief les brillantes qualités des Patanchon, des Barrière, des Triboulet, en quelque sorte professionnels en la matière et qui se jouèrent avec aisance des minimums imposés. Mais des ignorés se révélèrent et dans le saut en longueur par exemple, les finales pourraient bien donner lieu à quelques surprises.

Les éliminatoires du 100 mètres mirent finalement aux prises Poyer, Triboulet et Gangné, trois poulains dont l'allure fit presque oublier qu'ils étaient depuis près d'un an sans entraînement et qu'ils foulaient un sol particulièrement dur. La victoire revint à Triboulet en 13 secondes, suivi de près par Gangné, Poyer dont on était en droit d'attendre mieux, ayant abandonné.

Le 400 mètres, l'épreuve élégante par excellence, ne réunit qu'un nombre restreint de concurrents. Un des favoris, le footballeur Tanner qui, au cours des éliminatoires, avait gagné sa série en un beau style, lâcha dès le début à la finale et la lutte demeura, ma foi palpitante encore, entre Poyer et Bayard. Ce fut celui-ci qui l'emporta semant dans les vingt derniers mètres son adversaire qui s'était jusqu'alors maintenu aisément à sa hauteur.

Les exhibitions qui devaient illustrer l'après-midi durent être abandonnées, le (censure) en ayant interdit l'usage. Bien que la plus importante d'entre elles, avait depuis quelques jours déjà été rendue impossible par suite du départ de quelques-uns des participants, l'ineffaçable souvenir que nous a laissé la répétition générale nous fait un devoir d'en dresser le panégyrique.

Avec sa maîtrise coutumière, d'une trentaine de gaillards dont la grande majorité n'avait certainement jamais pris part à de tels exercices, le sympathique professeur Lagnous était dans un laps de temps relativement court, arrivé à faire des gymnastes suffisamment émérites pour s'imposer le soir, lors de démonstrations à l'unanime admiration se spectateurs attentifs. Mouvements d'ensemble, réglés comme un ballet ou pyramides conçues et échafaudées en artistes attirèrent souvent jusqu'aux sentinelles inoccupées du poste voisin, qu'ils laissèrent quelque peu rêveuses, et je ne crois pas me tromper en considérant comme un des hommages qui ont été le plus au coeur de leur ingénieux metteur en scène, les bravos spontanées partis plus d'une fois d'un public que l'on sentait sincère.

Malgré le vent qui soufflait encore avec une belle ardeur, la partie de pelote basque eut lieu après dîner. En tenue blanche impeccable, les équipes qui, après plusieurs remaniements se présentaient finalement comme suit: Aramburu - Caresse (ceinture rouge) contre Miremont - Artola (ceinture bleue) avaient sur le terrain si bonne mine que les parieurs durent je le crains, éprouver quelques difficultés à faire un choix. Au début les bleus s'assurèrent un avantage marqué et déjà des murmures s'élevaient sur la touche lorsque, par une de ces offensives dont il est coutumier, l'intrépide Aramburu, qui savait pouvoir compter sur la sûreté de son partenaire remonte peu à peu le score et après quelques passes brillantes de part et d'autres, parvint à égaliser au 24è point. A partir de ce moment et malgré les efforts constants et heureux souvent de ses dignes antagonistes, il mena pour ainsi dire presque toujours le jeu. La défense des "bleus" fut cependant serrée et à plusieurs reprises une soudaine volée d'Artola ou une belle passe de Miremont surprirent les rouges en défaut, mais le Hendayais qui avait semble-t-il, réservé pour cette partie des moyens nouveaux, se surpassa sans cesse et assura finalement à son camp une victoire relativement facile, par 60 à 52.

D'autres parties suivirent, quelques-unes même accompagnées d'un (censure) sérieux, qui continuèrent à mettre en relief la forme éblouissante du jeune et sympathique joueur de Hendaye. On en parla me dit-on dans une certaine baraque, jusqu'à une heure fort avancée de la nuit.