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Retranscription du Tuyau, numéro 24, page 2 (23 décembre 1915)

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Les initiatives s'étaient découragées. Des musiques, il y avait très longtemps s'étaient créées, mais lasses de jouer faux, elles avaient cessé de jouer. Des troupes théâtrales avaient été fondées, mais réduite par des défections retentissantes, fatiguées de donner toujours les mêmes pièces, les auteur dramatiques de l'Europe étaient tous depuis longtemps dans les tranchées, et ne produisaient plus, elles avaient fini par se dissoudre. Enfin les araignées filaient leur toile dans la salle de rédaction du "Tuyau" dont le directeur était devenu fou. Le prisonniers, qui jadis, se jetaient avec avidité, sur les journaux Allemands, ou qui, le nez écrasé à la devanture de la cantine, cherchaient à déchiffrer "l'Extrablatt" quotidien soigneusement affiché par un cantinier plus patriote que commerçant, les prisonniers dédaignaient maintenant les feuilles décevantes qui jamais ne leur apportaient rien de neuf. C'est que vingt ans durant, aux mêmes époques, ils avaient vu les Papes successifs, Benoit XIV, Pie XI et Benoit XV, proposer sans succès des trêves de Noël, vingt ans durant, aux mêmes époques, ils avaient vu les Etats-Unis, envoyer tour à tour, des notes à l'Allemagne et à l'Angleterre, et le roi Constantin se déclarer résolu à maintenir sa neutralité, aussi un grand détachement de tout, leur était-il venu, de même qu'il n'espéraient plus, de même qu'ils ne pensaient plus, ils avaient renoncé à lire. Ils savaient, vaguement que l'on se battait à effectifs réduits, du côté de Souain en Champagne et que les Allemands pour empêcher les Russes, de violer le territoire germanique, les avaient poursuivis à travers la Sibérie et s'étaient enterrés pour l'hiver dans des tranchées devant Wladivostock.
Or ce soir-là c'était la veille de Noël 1935. Il y avait 1935 ans que le Sauveur était venu sur terre, apporter aux hommes la parole de paix qu'ils avaient si mal écoutée. La nuit était claire, lumineuse et froide. Et, tandis qu'en France, en Allemagne, en Russie, de rares enfants sautaient de joie autour des arbres de Noël, chargés de noix dorées, de bougies de couleurs, et de papillotes de chocolat, les prisonniers de Quedlinburg plus mornes encore qu'à l'ordinaire s'étaient couchés de très bonne heure sur leurs paillasses.
C'est à peine s'ils avaient remarqué dans la journée le va et vient et les colloques animés de leurs gardiennes. C'est à peine s'ils avaient donné un coup d'oeil au drapeau que l'on avait hissé au sommet du vieux château, et quand ils avaient entendu, à intervalles réguliers, des détonations ébranler l'air sonore, ils avaient cru que les jeunes soldats de la classe de 1945 s'exerçaient comme de coutume, sur le polygone à tirer le canon. Or il n'en était rien, et ce Noël devait être vraiment un Noël merveilleux. Le 25 au matin tandis qu'à moitié endormis, ils se plongeaient sous leurs couvertures pour retenir le sommeil la "sous-officière" de service entra dans les chambrées et après avoir crié d'une voix retentissante "Aufschen", elle demanda l'interprète et lui confia que le bonhomme Noël leur avait fait à tous un fameux cadeau. Elle n'en dit pas plus long, mit un doigt sur sa bouche et s'enfuit, mystérieuse.
Mais à dix heures, un cri retentit dans les baraques "Raustreten" et quelques rares sentinelles, très vieilles, arrivèrent, la baïonnette débonnairement rentré au fourreau. Un instant ahuris, car ils n'avaient pas vu d'hommes depuis des années, les prisonniers apprirent de ces revenants que la Paix était signée. On les faisait sortir, pour les compter, puis ils allaient passer à la douche, faire leurs paquets et prendre ensuite le train pour rentrer en France. Les peuples étaient maintenant frères, on allait oublier la longue guerre et plus d'un Allemand, se proposait bien d'aller visiter Paris avec sa femme et ses enfants.
La Paix... tout d'abord les prisonniers ne comprirent pas, puis ils se regardèrent défiants et inquiets. Puis l'un deux chuchota quelque chose à l'oreille et fila en sourdine. Alors ce fut une fuite éperdue, et tous convaincus qu'on les trompait, que la paix ne pouvait pas être, qu'on les rassemblait pour les envoyer à la corvée ou en "Arbeits Kommando", tous d'un même élan, et tremblants s'en allèrent dans les latrines, refuge habituel contre les hasards fâcheux de la captivité. Ce fut en


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