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Retranscription du Tuyau, numéro 26, page 2 (6 janvier 1916)
fidèle et précis et quelle que soit la tristesse de l'heure en nous reportant aux lointaines journées d'exil plus tristes encore,
dont il aura été le témoin, sa consultation sera réconfortante.
Avant que nos plumes l'aient entaché, avant qu'il ne nous ait rappelé les anniversaires douloureux et sanglants, tandis qu'il est vierge encore
de toute souillure, penchons nous sur le calendrier de mil neuf cent seize.
D'instinct, nos yeux se porteront sur les noms familiers des êtres chers, des rêveries douces et apaisantes comme des caresses, nous emporteront
au-dessus des contingences et atténueront la laideur des réalités.
Puis quand le rêve achevé, nous nous retrouverons un peu las et désabusés devant notre bristol, essayons de faire vers l'avenir un nouveau voyage.
Les données sont moins sûres, les bases plus fragiles, les désillusions sombres peuvent entraver l'essor de nos chimères, qu'importe, passons outre.
Faisons crédit à l'année qui commence.
Ravivions en nous les espérances salutaires et ne médisons pas de cette nouvelle venue avant de savoir ce qu'elle nous donnera et de quoi elle
sera faite.
Tous ces jours qui forment l'impénétrable futur ressemblent à un chapelet gigantesque sur les grains duquel une main mystérieuse aurait
gravé d'énigmatiques sphinx.
Egrenons en patience notre chapelet, tout à tout, les sphinx nous livreront leurs secrets, et qui sait, l'un d'eux peut-être vous apportera
la bonne nouvelle.
Je n'ai, hélas pas le don de le divination et je ne veux pas me risquer à échafauder des prophéties hasardeuses.
Du reste, en la matière, les extravagances et les écarts de l'imagination valent les calculs les plus savants, l'équation à trop d'inconnus
pour être résolue, autant vaut s'en rapporter au rêve.
Pour finir, je vous confierai donc celui qu'un de mes amis, jeune sage ou jeune fou comme vous voudrez, a fait la nuit dernière, après
avoir lu avant de se mettre au lit la première partie de mon article, interrompu par l'embarras dans lequel je me trouvais de lui donner
une conclusion.
J'ai fait cette nuit me dit mon ami, un rêve très étrange.
Je suis allé passer en revue vos trois cent soixante cinq sphinx et j'ai recueilli de mon voyage des renseignements intéressants.
Les premiers que je rencontrais étaient installés au bord d'une route montante et malaisée, ils étaient noyés dans un brouillard si intense
que je les distinguais à peine.
Au bout d'un certain temps le chemin devint moins raboteux, l'ombre se dissipa légèrement.
Ma marche rendue plus facile, j'avançais plus vite.
Tout à coup, comme j'atteignais une cime, la route fut subitement embrasée, à l'horizon lumineux, la théorie des sphinx, que je n'avais pas
encore devancés, se profilait dans une clarté intense.
Celui qui servait de frontière entre cette nuit où planent la nuit et celle où brillait ce soleil de feu, était placé sur un socle d'or,
un relief duquel étincelaient les noms des traités de paix.
Je voulus alors compter, combien de sphinx étaient derrière moi, afin d'établir et de noter la date libératrice, malheureusement cette
lumière crue, m'avait aveuglé et je m'éveillais en sursaut la tête lourde....
Voici le rêve de mon ami, il est assez imprécis, mais tel quel je le trouve beau et réconfortant et puisqu'en cette fin d'année, il est de
tradition d'exprimer des voeux je n'en formulerai qu'un: "Celui de voir le rêve de mon ami devenir une réalité".
J.Monjour
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