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Retranscription du Tuyau, numéro 28, page 3 (20-27 janvier 1916)

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Les faits de la semaine (9-16 Janvier 1916)

I° Politique Générale -
Les événements militaires doivent être aujourd'hui relégués au second plan.
La grande nouvelle de la semaine, c'est la démarche faite par le Monténégro auprès de l'Autriche pour obtenir la paix. On la prévoyait, cette démarche, il y a quelques jours déjà le "Petit Journal" annonçait que d'après son correspondant athénien, le roi Nicolas allait demander un armistice, aux puissances centrales. Aujourd'hui la nouvelle est officielles, et le comte Risza en a fait part aux membres de la chambre hongroise. Le Monténégro est prêt à capituler.
On triomphe à Vienne et à Budapest et l'allégresse se comprend. A défaut de l'Italie, de l'Angleterre ou de la France, c'est toujours un des ennemis de l'Autriche qui demande grâce. On aurait tort, le comte Tisza lui-même l'indiquait à la tribune, de triompher trop bruyamment. Outre qu'il n'y a pas de gloire pour une grand empire à réduire une poignée de montagnards médiocrement armés et mal secourus par leurs alliés, la capitulation du Monténégro ne semble pas de nature à modifier de façon appréciable le situation des forces en présences.
Le Monténégro, ne l'oublions pas n'a jamais pu mettre en ligne plus de 40 000 hommes de troupe au grand maximum. Les forces autrichiennes envoyées contre lui n'étaient pas très considérables. Transportées sur un autre front, elles ne suffiront pas à amener une rupture d'équilibre en faveur de l'Autriche.
Moralement parlant la capitulation monténégrine a sans doute plus d'importance. C'est un exemple dit-on dans les cercles austro-allemands, et c'est un symptôme. Un peuple signe la paix, d'autres suivront peut-être. Et puis comme le vieux roi Nicolas devait être convaincu de l'échec final des alliés, pour les abandonner aussi délibérément.
Que valent ces arguments?
Notons d'abord que le Monténégro n'avait pas signé le traité de Londres, que l'Angleterre, la France, l'Italie, le Japon et la Russie l'ont signé, qu'il n'y a d'ailleurs aucune comparaison à établir entre un petit pays presque complètement envahi, à bout de ressource, affamé, et les autres alliés qui contiennent facilement leurs adversaires et ne manquent ni de vivres, ni de munitions, qu'en conséquence l'exemple donné par le roi Nicolas ne sera vraisemblablement pas suivi.
D'autre part, le geste qu'il a fait est-il aussi symptomatique que la presse autrichienne le prétend? Le roi ne signerait pas la paix dit-on, s'il ne voyait la cause de ses alliés perdue. Croyez-vous? Le Monténégro est vaincu il serait puéril de soutenir le contraire. Ce qui attend le roi, s'il s'obstine à poursuivre les hostilités après l'occupation de son royaume, c'est la fuite en Italie ou en Grèce, c'est l'hospitalité qu'il faut aller quémander près des cours étrangères, et ceci peut-être pendant des mois. D'autres souverains sans doute, ont accepté cette existence incertaine. Mais tout le monde n'a pas l'énergie du roi Pierre ou du roi Albert, et le roi de Montagnes ne se sent probablement pas le vocation nécessaire pour jouer les "rois en exil".
Une paix immédiate avec l'Autriche (outre qu'elle ne sera certainement pas coûteuse, car les diplomates autrichiens sont trop habiles pour lui imposer des conditions par trop dures) lui assurera la tranquillité pendant les mois ou les semestres, que la guerre doit durer. Du haut de ses montagnes il assistera avec une joie un peu égoïste aux épreuves de ceux qui sont restés dans la mêlée. Et si l'Autriche reste victorieuse, le succès la rendant indulgente, elle finira par ne plus en vouloir au beau-père du roi d'Italie, d'un mouvement de faiblesse que justifiait peut-être sa triste situation et l'abandon où ses alliés l'avaient laissé.
La capitulation du Monténégro n'a donc, à notre avis aucun sens ni aucune importance en ce qui concerne l'issue de la guerre.

Tandis que le Monténégro, se retire de la lutte, les Serbes, entendent tenir jusqu'au bout. Les restes de l'armée du roi Pierre, que l'on transporte actuellement à Corfou, vont s'y reposer, s'y reformer, et on les remploiera ensuite sur de nouveaux champs de bataille.


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