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Retranscription du Tuyau, numéro 29, page 3 (3-10 février 1916)
Les petits côtés de l'histoire
Les tentations du Chancelier Séguier. Le chancelier Séguier qui fut une des créatures de Richelieu, s'était après une jeunesse orageuse retiré dans un couvent pour y expier au moins pendant quelque temps les folies de l'adolescence. Mais en entrant dans ce saint lieu dit Alexandre Dumas, à qui j'emprunte cette histoire, le pauvre pénitent n'avait pu refermer si vite la porte, que les passions qu'il fuyait n'y entrassent après lui. Il en était obsédé sans relâche, et le supérieur auquel il avait confié cette disgrâce, voulant, autant qu'il était en lui l'en garantir, lui avait recommandé pour conjurer le démon tentateur, de recourir à la corde de la cloche et de donner à toute volée. Au bruit dénonciateur, les moines seraient prévenus que la tentation assiégeait un frère et toute la communauté se mettrait en prières. Le conseil parut bin au futur chancelier. Il confura l'esprit malin à grand renfort de prières faites par les moines; mais le diable ne se laisse pas déposséder facilement d'une place où il a mis garnison; à mesure qu'on redoublait les exorcismes, il redoublait les tentations, de sorte que jour et nuit la cloche sonnait à toute volée, annonçant l'extrême désir de mortification qu'éprouvait le pénitent. Les moines n'avaient plus un instant de repos. Le jour ils ne faisaient que monter et descendre les escaliers qui conduisaient à la chapelle, la nuit entre complies et matines: ils étaient encore obligés de sauter vingt fois à bas de leur lit et de se prosterner sur le carreau de leurs cellules. On ignore si ce fut le diable qui lâcha prise ou les moines qui se lassèrent, mais au bout de trois mois, le pénitent repare dans le monde avec la réputation du plus terrible possédé qui eut jamais existé. Le prix d'une messe - On se souvient de la phrase fameuse "Paris vaut bien une messe" que prononça Henri IV lorsque, obligé de renoncer au protestantisme, il consentit à se faire baptiser pour pouvoir faire son entrée dans la capitale. Nous pouvons regretter que les successeurs du Béarnais n'aient pas eu une conscience aussi élastique que leur aïeul en matière de religion. Bien des mécomptes eussent en effet été évités si en 1863 le prince de Condé avaient consenti à renoncer au catholicisme et à embrasser la foi orthodoxe. Une famille française régnerait à l'heure actuelle sur la Grèce. Expliquons-nous: en 1862 le roi Othon 1er, forcé d'abdiquer, quitta Athènes et regagna la Bavière sa patrie. Les jeunes Grecs sous l'influence du parti français qui dominaient alors chargèrent un ancien ministre de France à Athènes de pressentir le duc d'Aumale. Celui-ci accepta en principe la proposition qui lui était faite, mais il réclama l'assurance que le gouvernement de Napoléon III ne ferait pas obstacle à sa candidature et il demanda d'autre part à ne pas être obligé de renoncer à la religion de ses ancêtres. Napoléon III qui voyait ces négociations d'un bon oeil, donna toutes les garanties demandées; la Grèce de son côté dit des concessions et répondit que la question de religion ne serait pas soulevée tant que vivrait le Duc d'Aumale, mais qu'à sa mort on demanderait à son héritier de se faire orthodoxe. Or celui-ci, le prince de Condé fils du duc d'Aumale et colonel dans l'armée suisse répondit qu'il était catholique et qu'il entendait le rester. Voilà comment, le duc d'Aumale n'ayant pu accepter la couronne, les jeunes Grecs un peu déçus, l'offrirent à Guillaume de Daumark qui devient roi sous le nom de Georges 1er. Je me suis rappelé cette anecdote en songeant à un vieux jeu de mots qui a fait le tour de toutes les classes d'histoire mais, qui reste un bon moyen mnémotechnique pour résumer l'histoire de l'Europe aux environs de 1860. En ce temps-là, disions nous, le roi Othon a perdu sa Grèce, le roi Victor-Emmanuel a perdu Savoie et le pape Pie IX a perdu son Ombrie! De Nassandres
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