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Retranscription du Tuyau, numéro 30, page 8 (17 février 1916)
Le temple de Plutus à Paris (suite)
Mécanisme de la Bourse - Toutes les négociations d'effets publics doivent se faire par ministère d'agent de change. Le vendeur au comptant est tenu de livrer ses titres à l'acheteur avant le 6ème jour, la 6ème Bourse qui suit le jour de la vente. Quant aux opérations à terme, elles sont faites à échéance déterminée, mais l'acquéreur a toujours le droit de se faire livrer les titres qu'il a achetés. Opérations au comptant - Ce sont les plus simples. Ce mode d'opérer consiste à vendre ou à acheter argent contre titre ou titre contre argent. C'est l'échange pur et simple d'une valeur contre la somme qu'elle représente, suivant la côte du jour. Si la valeur négociée est au porteur, il n'existe aucune formalité complémentaire. Le titre de Georges est remis à Paul et ce dernier en devient possesseur. Mais si la valeur est nominative, c'est à dire inscrite au nom de Georges, Paul ne peut en devenir possesseur qu'après un transfert c'est à dire une opération qui consiste à mettre le titre soit au porteur, soit au nom de Paul, suivant le gré de ce dernier. Opérations à terme - Les spéculations se subdivisent en un grand nombre de négociations diverses. On les appelle à terme parce que les vendeurs ou acheteurs ne se remettent les valeurs ou espèces qu'à une époque déterminée, par exemple fin courant, fin prochain. L'acheteur, et c'est là le caractère licite de l'opération, a toujours le droit d'exiger, avant le terme fixé, la remise des valeurs en payant le prix stipulé. Mais en pratique cela ne se fait pas. Les règlements s'opèrent aux jours de liquidation (parquet 15 et 30 du mois, coulisse 30 du mois). Les marchés à terme sont parfois sérieux: un capitaliste désirant acheter une grande quantité de titres de telle ou telle valeur, les achète à terme et demande la livraison avant la liquidation en payant le prix. En général les cours du comptant sont supérieures de 1-2-3 points (un point égale un franc) à ceux du terme. Mais la plupart du temps les opérations à terme sont fictives. A terme on traite sur des quantités de titres déterminées: 1 500 francs se rente (en rente et non capital) et multiples de 1500. Pour les actions un minimum de 25 titres et multiples: 50-75-100-200 etc On voit tout de suite la différence entre le terme et le comptant. Au comptant on peut négocier un titre ou la plus petite coupure de rente quelconque. A terme il faut un minimum 1 500 francs de rente et 25 titres. Le spéculateur à terme n'achète ou ne vend pas de titre pour les "lever" (c'est à dire en prendre possession) ou les "livrer" mais bien pour spéculer sur les fluctuations qui peuvent se produire entre le jour de l'achat et le jour de la liquidation ou de la vente. Un exemple: Paul a des raisons de croire que le 3% français va progresser en mars. Il va trouver son banquier, lui remet une "couverture" (provision, c'est à dire la somme approximative du risque à courir) et lui dit: "Achetez pour mon compte à la Bourse de ce jour 3 000 francs 39 à 65. L'opération est exécutée, une fiche échangées en Bourse entre le commis vendeur et le commis acheteur en est la justification (le nom de Paul n'est connu que de son banquier). Puis le soir même le vendeur de ces 3000 francs de rente prévient son client; l'agent de change du banquier de Paul avise le banquier de l'achat et celui-ci avise le même soir Paul. Quelques jours après le 39. fait 66 francs. Paul estime que son bénéfice est suffisant. Il vend à 66 et gagne un point c'est à dire un franc pour 3% de rente. Comme il en a acheté pour 3000 c'est à dire 1000 dois 3 francs, il gagne donc 1000 fois 1 point = 1000 francs moins les courtages. Si au contraire à la fin du moins le 39 ne fait que 65 ou moins, il se fait reporter au mois suivant en payant un léger intérêt, appelé "report". Il y a de trop nombreux cas à voir, il faudrait un volume à cet effet et cela n'aurait pas d'intérêt pour des lecteurs prisonniers de guerre. Mais il est utile à chacun de nous de savoir ce qui a trait aux affaires financières de la France, précisément à cette heure où valsent les milliards, où chacun des belligérants fait des prodiges financiers pour pouvoir tenir le plus longtemps possible, et ce sera l'objet de notre prochain article. (A suivre) R.Kimpflin.
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