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Retranscription du Tuyau, numéro 31, page 1 (24 février 1916)

Le N°10 Pf 24 Février 1916 N°31

LE TUYAU

Organe indépendant des Prisonniers de Quedlinburg.

Paraissant le jeudi

Rédacteur en Chef: J.Monjour

Rédaction Administration Baraque VI.A

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Le Paysan Normand

L'odeur de mon pays était dans une pomme
Je l'ai mordue avec les yeux fermés du somme
Pour me croire debout, en un herbage vert
Mme Lucie Delarue Mardrus

Il est le descendant de la race dure, héroïque, hardie et aventureuse de ces "Vikings" blonds, écumeurs de flots et ravageurs de rives, qui au temps de Charles le Chauve, quittèrent sur de frêles esquifs, les îles septentrionales de la Scandinavie et vinrent s'établir en notre pays. Les siècles ont purifié son héritage ancestral, sa soif de conquêtes s'est apaisée, son humeur belliqueuse s'est assoupie, et les petits fils des guerriers farouches, sans peur ni pitié, qui rêvaient d'asservir le monde, n'ont plus au coeur qu'un amour, celui de la terre léguée par les aïeux, il ne leur reste qu'une ambition, celle de rejeter plus loin, toujours plus loin, les frontières du domaine familial.
Mais ces grandes batailles pour la conquête des biens territoriaux qui doivent accroître la propriété, ne nécessitent plus l'usage des corselets de cottes de mailles dont se revêtaient les aïeux, ni celui des piques dont ils s'armaient, elles se font en l'étude du notaire proche et la victoire reste à celui dont le bas de laine est le mieux garni et qui peut sur l'heure aligner les écus sonnants et trébuchants de l'enchère.
Cet amour de la terre et l'obsédant désir, qu'il a, d'agrandir sans cesse son patrimoine ont développé chez le paysan normand des sentiments d'épargne si excessifs, qu'ils ont été quelquefois mal interprétés et ont fourni à certains peintres malveillants les couleurs sombres pour les représenter comme un assez vilain bonhomme rapace, cupide, âpre au gain et incapable de générosité. Le dicton populaire qui veut que chaque normand pur sang, naisse avec "les pattes croches" n'exprime pas d'autre idée que celle de l'avarice dont on accuse la race et avec laquelle on voudrait la caractériser. "La patte croche" c'est la main ramassé en râteau de croupier, toujours prête à racler le tapis c'est la main avide du père Grandet aux perpétuels gestes d'encaisseur, c'est la serre du vautour guettant la proie.
Mais employer à la légère, pour désigner le Normand, cette locution insinuante, perfide et calomnieuse, c'est déformer la plus solide qualité d'une race pour l'abaisser au niveau d'un vice. Il ne faut pas s'y tromper, le paysan Normand n'aime pas l'argent à la façon du Grandet, dînant d'un quignon de pain frotté d'une goutte d'ail et rognant sur le sucre et la chandelle, il sait se laisser vivre et ne s'accommode point de privations. L'argent est son moyen plus qu'un but, pour lui, et son bas de laine témoigne de sa prévoyance, de son souci du lendemain et non point de son avarice. Sa table est copieuse et large ouverte, la cafetière ronronne la journée entière sur les tisons de l'âtre et sur la cheminée entre les chandeliers de cuivre, la bouteille du meilleur crû se tient en permanence pour accueillir l'ami et lui souhaiter la bienvenue.
Au reste, cette solide réputation de rapacité qu'il porte avec un si tranquille mépris, le


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