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Retranscription du Tuyau, numéro 31, page 7 (24 février 1916)

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Elles se croisent, sautent les unes par dessus les autres. On dirait qu'elles jouent dans le ciel. Elles se suivent à des intervalles d'une minute, donnent à tous les objets de proportions énormes et cherchent toutes ensemble, là-haut un seul et même point de l'étendue qu'elles n'ont pas encore trouvé. Au loin hurle un canon.
A suivre dans les airs les signaux de lumière, il semble que le Zeppelin se dirige vers un pont qui n'est pas loin de la route. Peut-être aussi veut-il bombarder la route elle-même, qu'il prend pour une ligne de chemin de fer, comme c'est arrivé récemment.
Entre les troncs lourds des vieux tilleuls, une automobile multiplie ses appels précipités et inquiets. Au bout d'un instant on voit sortir de l'obscurité sa masse sombre et rectangulaire. C'est une voiture sanitaire que je connais bien. Elle va sans lanternes. J'interpelle le chauffeur qui arrête sa machine. C'est un soldat, un grand gaillard tout jeune encore, avec la casquette et les pattes d'oreilles bien chaudes. Il est me dit-il petit-russien. Il commence à m'expliquer que le Zeppelin survole la route. On a reconnu distinctement ses contours, a deux verstes en amont, sur le fleuve, il a lancé une bombe. Elle est tombée dans un champ et y a creusé un trou terrible. Et là-dessus mon homme se met à rire...
Pas de doute, le Zeppelin se dirige vers le pont. Et d'ailleurs on conçoit bien qu'il veuille le détruire, pour interrompre au moins momentanément nos communications.
Je reste immobile sur la chaussée et, pensif, suis des yeux dans les airs la flamme des obus dont les détonations retentissent plus proches de minute en minute. Au loin soudain, dans l'obscurité froide, jaillit un faisceau lumineux. Il s'arrête dans les airs comme indécis et juste au-dessus de moi vient illuminer un pan de ciel qui sous les rayons tremblants de la lumière blême semble une larme de feu.
Tout près de moi une longue file de voitures est arrêtée. C'est un convoi de ravitaillement destiné au front, mais qui, pour le moment, naturellement, ne va pas plus loin.
Les soldats qui conduisent les voitures (avec leurs manteaux et leurs capuchons, on dirait des coqs dressant leur tête) échangent entre eux de courtes réflexions...
Le spectacle avait commencé. Maintenant les explosions des shrapnells, se produisaient juste au-dessus du pont. Les faisceaux lumineux des projecteurs dansaient et sautaient fiévreusement les uns par dessus les autres, éclairant les fumées blanches des obus. Enfin ils firent leur jonction, comme attirés par un même point du ciel et s'arrêtèrent à gauche de la route.
Au même moment je vis pour la première fois la carcasse du Zeppelin qui émergeait de l'obscurité et flottait à environ 1500 mètres de hauteur.
L'ennemi était découvert!...
Comme joyeux d'avoir saisi leur proie, deux faisceaux blancs s'attachèrent à lui, l'enveloppèrent complètement en dessinèrent d'un bout à l'autre tous les contours.
Le Zeppelin, lui aussi, remarqua qu'il était repéré; il comprit qu'il ne pouvait plus se dissimuler, et comme pour saluer son adversaire avant de combattre, il fit donner ses projecteurs.
Deux cônes éblouissants tombèrent d'en haut sur le sol. Et soudain comme par magie surgirent des routes et des arbres. La lumière chasse l'ombre. Et telle une apparition des "Mille et une nuits", la nuit d'hiver aux yeux sombres, la nuit russe nous découvrit son pâle visage.
Le Zeppelin commençait à chercher. La large traînée lumineuse qui tombait d'en haut se mit à ramper à terre et gagna le bord de la rivière. Le pont! C'est bien au pont qu'ils en avaient! Je m'appuyais anxieux au tronc d'un haut peuplier qui se dressait sur la route et je suivis, haletant, le spectacle du chasseur, poursuivant sa proie. Les canons spéciaux tiraient coup sur coup; ils faisaient tout ce qu'ils pouvaient.
Nos deux batteries, à droite et à gauche du fleuve lançaient, elles aussi, leurs obus en l'air, dans la direction du Zeppelin.
Enfin un des faisceaux lumineux partis d'en haut atteignit le pont. Puis il s'arrêta manifestement satisfait. Il avait trouvé ce qu'il cherchait. La moitié


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