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Retranscription du Tuyau, numéro 31, page 8 (24 février 1916)
du pont était éclairée. Telles deux statues de pierre deux sentinelles se tenaient immobiles aux deux extrémités. Que leur importait le Zeppelin? On les avait placées là, c'étaient de braves soldats habitués à faire leur devoir, ils restaient où on les avait placés. Bientôt le deuxième projecteur du Zeppelin commença à jouer. J'eus l'impression que deux bras saisissaient le pont. Telle l'araignée lorsqu'elle atteint sa proie. Les longs faisceaux lumineux s'immobilisèrent de plus en plus et finirent par tomber perpendiculairement sur le pont. -Bon Dieu, les sentinelles!... pensai je tandis que tout ému, je regardais les formes noires à l'extrémité du pont. Lentement d'une d'elles disparut sur le côté dans l'obscurité. "Mais! Vite Grand Dieu!... vite, vite criai-je en moi-même. Et ce fut le bruit connu, celui qui fait un léger déplacement d'air, le sifflement de la bombe qui tombe. Les sentinelles sont-elles à l'abri? "Un"... Fini! Quel ébranlement terrible!... Les vitres d'une petite maison de pierre blanche à deux étages, à cinquante pas de moi, en ont tremblé! Avant que j'ai pu y penser, nouveau sifflement. J'attends et je compte en moi-même: un... deux... trois... quatre... c'est une attente angoissante... Les formes noires des sentinelles ont disparu sur le côté derrière la maisonnette d'un garde-barrière mais il y en a d'autres, au milieu du pont, et celles-là où se sauveront-elles? Cinq... six... sept... huit sentinelles. Sentinelles! vite!... Fini, fini une fois encore, comme pour en témoigner, les vitres de la maison blanche, se mettent à trembler. La deuxième bombe elle aussi a manqué son but... Tiens, une raquette!... Qu'elle est longue à descendre! La troisième bombe.... si encore elles étaient plus promptes à faire leur besogne... Plus près, cette fois-ci, le sifflement, une nouvelle explosion, c'est la quatrième bombe, et chacune d'elle pèse plus de cinq "pouds... cinq pouds! (La Poud' = 32l76) Il semble que les deux dernières soient tombées dans le fleuve. On entend un fracas terrible, assourdissants ah! qu'elles tombent toutes dans le fleuve, mais pas sur le pont! pas sur le pont!... La cinquième, sixième, septième... Et chaque fois, je compte, machinalement; douze, treize, quatorze... Puis la huitième tombe... et là-dessus un silence inexplicable et qui se prolonge... la lumière qui projetait sur la neige des ombres noires s'éteint tout-à-coup, seuls nos projecteurs poursuivent leur tâche, on pourrait presque croire que nos canons ont atteint le dirigeable, mais la lumière réapparait impassible en dépit des obus et des faisceaux lumineux, le Zeppelin poursuit sa marche, loin, toujours plus loin!... il franchit le fleuve s'élève et finalement disparait dans l'obscurité de la nuit d'hiver. Encore une raquette dans le lointain, elle s'éteint la représentation est terminée!... En avant: crie le conducteur de la première voiture, le convoi s'ébranle. Mais les soldats de garde sur le pont? Je regarde dans leur direction, lentement, ils sortent de la maisonnette du garde-barrière et regagnent leur poste. Lorsqu'une des bombes est tombée dans le fleuve, l'un deux a crié tout haut dans la nuit: "Ouvre l'oeil, petit oncle, ce n'est pas le moment de dormir!... D'après le "Rousskov Slovo" traduit par le Berliner Tageblatt.
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