Retranscription du Tuyau, numéro 4, page 2 (5 août 1915)

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successivement établi boulanger et négociant en vins dans cette localité. Républicain ardent, et républicain sous l'empire, Mr Thomas père ne fut jamais socialiste. Mais comme il avait appartenu dans son jeune âge à une minorité opprimée, qu'il était d'instinct avec ceux qui luttent et qui souffrent pour une cause, il vit sans regret et même avec une certaine sympathie son fils s'intéresser au Marxisme et faire profession d'une doctrine alors supecte au gouvernement... Comme Mr Millerand dont il est devenu collaborateur, c'est au lycée Michelet à Vanves, qu'Albert Thomas fit ses études, il n'en sortit que pour entrer à l'Ecole Normale Supérieure. Notons ici en passant que Michelet étant un lycée aristocratique et relativement cher, le père de Mr Albert Thomas s'est imposé les plus lourds sacrifices pendant toute la durée des études de son fils. Celui-ci le récompensa de sa peine. Il fut un élève remarquable, plusieurs fois lauréat du concours général, en particulier en philosophie où il obtint à la fois le second prix de philosophie (vétérans) et le second prix d'histoire (le premier prix avait été décerné à Mr Claude Casimir-Perier, fils de l'ancien Président de la République et tué, comme capitaine d'infanterie de réserve, au début de cette guerre.
J.Monjour

Propos d'un prisonnier
Aux colis !

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Quel régal pour l'oeil que l'arrivée de la caravane par ce matin plein de soleil ! En tête un petit jeune homme imberbe, avec son cahier sous le bras, et deux robustes poilus qui coltinent les sacs bourrés de "postaux", sur le flanc gauche, l'air triste et doux malgré ses longues moustaches à la gauloise, marche le sous-officier de service. Puis dans un aimable désordre, voici la foule anonyme de porteurs. Vous y trouverez de tout, des rescapés de la corvée, des tampons, des volontaires, des malades, des caporaux et des sergents, j'ai même vu un musicien. Les temps sont durs, on a râclé les fonds de baraque et l'opération m'a l'air fort proprement exécutée.
La traversée du camp s'effectue parmi des hurlements qui s'entrecroisent "T'as mon colis? Es-t-y lourd? C'est un pain. Il est moisi, nom de D...!" "T'en as deux (c'est normal) - Quatorze pour Gilbert (c'est vraiment peu)
On fait queue maintenant à la porte du séchoir où s'opèrent l'autopsie et la livraison finales. Comme partout il y a les malins qui passent avant les camarades, les richars qui corrompent les employés avec l'or échappé à la Reichsbank et quelques philosophes qui se chauffent les douilles au soleil attendant les dernières places qu'on ne leur disputera plus.
une signature et vous voilà face-à-face avec le colis, parfois si impatiemment attendu. A elle seule l'adresse écrite avec tant de soin vous révèle toute la sollicitude de ceux que vous avez laissés là-bas... au pays! Mais les ficelles sautent, la toile cède sous le couteau agile du jeune G.ngn, qui nous aime assez pour abandonner les jolies clientes de la Cie des Transat. L'interofficier jette un regard bienveillant sur le contenu, émet parfois un "fein" approbateur. Vous êtes paré au suivant!
Et voilà devant vous le "Tout Colis" du 1er Camp. Un caporal passé au bleu d'azur se dirige vers son repaire de la IB avec une nombreuse escorte. Des pots de beurre salé défilent aux mains des "Normands" "pur jus". A l'instant un manochard de la lointaine Bretagne, laisse échapper des "Ma Doué" amers, au souvenir d'une précieuse fiole qu'il s'est laissé faire aux pattes. Enfin mon excellent confrère des sports jette un regard napoléonien mais sans tendresse sur un mélange de sardine et de pâté de foie.
On ferme!
H. Saussier

Souvenir

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Ceux qui, après leur retour en France voudront bien participer à l'érection d'un monument au cimetière de Quedlinburg en souvenir de nos camarades décédés ici sont priés de bien vouloir faire parvenir par l'intermédiaire du "Tuyau" leur nom et adresse à Jetsch, membre du comité d'initiative 3e Cie Baraque 17B.