Retranscription du Tuyau, numéro 4, page 5 (5 août 1915)

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Echos

Nous avons reçu des nouvelles de Mr Henri Stempowski. Notre ami qui a l'âme d'un philosophe, comme il en a la barbe, ne se deplaît pas à Aschersleben. Il a trouvé "Bon souper, bon gîte" et serait en passe semble-t-il d'y trouver "le reste", l'usine où il travaille étant voisine d'une de ces maisons qui pratiquent l'hospitalité non seulement par vertu, mais par nécessité professionnelle...
Mais n'en disons pas plus pour ne pas effaroucher nos lectrices !

Dimanche dernier grand concert à la 6B. Reconnu dans la foule un grand nombre de nos amis des autres camps. Nous avons été particulièrement reconnaissants à Messieurs les Médecins Majors Russes d'avoir bien voulu honorer notre fête de leur présence. Nous leur exprimons ici toute notre gratitude.

Aramburu que j'avais mis en cause dans précédent écho me fait dire que s'il a la figure d'un lièvre, il a le coeur et la bravoure d'un lion. On l'a bien vu sur les champs de bataille.

Lundi dernier la musique s'est rendue pour la deuxième fois à l'hôpital, elle y a exécuté brillamment son programme devant un public nombreux de Médecins, d'infirmiers et de Malades.
Le Général et quelques officiers de son entourage assistaient à l'audition.

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Deuxième Provinciale

Je tiens à remercier tout d'abord la direction du "Tuyau" qui a fait présider mon précédent article du titre flatteur "Lettre de province". Je suis confuse dans ma ? de femme de lettres de voir ainsi comparer mon style à celui de l'auteur immortel des "Provinciales". Et ceci m'encourage à continuer une collaboration que le "Tuyau" a d'ailleurs aimablement provoquée en m'adressant une carte de correspondance. On voit que je tiens à dégager ma responsabilité, si, par la suite, quelques lecteurs grincheux et peux galants trouvaient que j'abuse de l'hospitalité quasi-écossaise de l'ami Monjour. Depuis le 31 Juillet, le Camp IV s'enorgueillit d'une curiosité qui, sans posséder au point de vue médical l'intérêt des frères siamois ou des deux petites jumelles Radica-Doodica, ne laisse pas que d'être comparable à certains égards à ces cas sensationnels. La même paillasse de la baraque 23A repose chaque jour des fatigues résultant des corvées communes, deux soldats tendrement unis et portant les mêmes nom et prénom. Mais ce qu'il y a de plus curieux, c'est qu'il s'agit du père et du fils Mr Houbron Albert Olivier et son fils unique Mr Houbron Albert Emile ont reçu l'envoyée du "Tuyau" le plus aimablement du monde et lui ont fait l'honneur de la paillasse ci-dessus nommée, préalablement pliée sur elle-même et transformée en un confortable divan. Tous deux sont tisseurs et habitent Flesselles (Somme) c'est-à-dire une partie du département non envahie. Le père agé de 40 ans, appartient au 12e Territorial, il a été fait prisonnier le 26 7bre 1914 à Bugny entre Arras et Béthune, le fils agé de 20 ans est de la classe 1914 et appartient au 18e chasseurs, il a été fait prisonnier le 17 décembre 1914, au Four de Paris. Je ne ferai pas aux lecteurs du "Tuyau" l'injure de leur rappeler qu'il s'agit d'un point de la forêt de l'argonne. Mr Houbron Albert Olivier fut emmené en captivité au camp de Cassel et l'écrivit à sa femme restée au pays, celle-ci prévient à son tour son fils aux armées, Mr Houbron Albert Emile. Lorsque ce dernier fut lui-même fait prisonnier et interné au camp de Giessen, il connaissait donc l'adresse de son père et lui écricit aussitôt. Par la suite, il quitta Giessen et vient à Quedlinburg mais il ne cessa pas pour cela de correspondre avec son père. Celui-ci remit le 13 Juillet entre les mains des autorités du Camp de Cassel une demande de permutation afin de réjoindre son fils à Quedlinburg. Ils ont failli ne jamais se revoir : le fils est un rescapé d'une de ces explosions de mines si courantes dans la guerre aux Argonnes, il est un des trois survivants de sa section. Le père, lui, a été atteint par l'épidémie de Typhus qui a sévi à Cassel et y a fait tant de victimes. Aujourd'hui, la santé de tous deux est parfaite et ils attendent avec patience la fin d'une captivité adoucie par les joies de la famille.
Comme autre curiosité, signalons dans un tout autre ordre d'idées, l'essai d'acclimatation tenté par Mr Moulin sous la direction de Mr Mundler. Il a placé dans un bocal rempli d'eau et d'herbes de petits poissons noirs à grosse tête pêchés dans la