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Retranscription du Tuyau, numéro 40, page 1 (25 mai 1916)
Le Tuyau n°40 Quedlinburg le 25 Mai 1916
LE TUYAU
Organe intermittent des Prisonniers de Quedlinburg.
Rédacteur en Chef: Jules Monjour
Rédaction Administration Baraque 6.A
Image de chez nous: Les environs de Paris
Décidément la vie n'est faite que d'embûches! Tandis que la captivité se déroule lentement et de manière relativement tranquille, que nos heures de liberté illusoire s'agrémentent de souvenirs intimes ou s'envolent, empreintes de philosophie dans laquelle nous laissons percer notre ironie bien gauloise: alors qu'un doux farniente nous invite souvent à remettre au lendemain certaines choses que nous devions faire sans retard, il nous arriva aussi parfois qu'une voix intérieure nous rappelle que nous avons des engagements à tenir. Cette voix semble vous intimer l'ordre de tenir vos promesses. Et ma veulerie, bien pardonnable, m'a mis dans ce cas. Voici: J'avais promis pour le commencement de Mai quelques notes pour faire suite aux "Images de Chez Nous". Naturellement, en qualité de "banlieusard" les Environs de Paris me furent dévolus, je dirai presque, imposés. Bon gré, mal gré, il faut donc m'exécuter car je serais désolé d'être traité de lâcheur ou de collaborateur actif à la dégringolade du "Tuyau"." Me voici donc en train, et toute attrayante que soit ma tâche, je dois déclarer que je ne me sens nullement disposé à traiter un semblable sujet. Et plus je réfléchis, mieux je m'imagine la bonne "blague" que les amis du "Tuyau" ont voulu me jouer en m'invitant à donner quelques impressions sur la Banlieue. Nous sommes ici comme des gamins qui voient un beau jouet à la montre d'un grand magasin, ou comme ces malheureux qui aimeraient s'offrir un objet qu'ils convoitent: eux collent leur front contre les glaces de la devanture; nous, nous nous contentons de regarder de loin, avec envie, l'inaccessible campagne qui nous entoure, en ayant toutefois la suprême consolation de voir passer des trains de voyageurs, à heures fixes, ou des wagons de marchandises. Hélas! c'est dans une telle disposition d'esprit que j'essayerai de tracer ces quelques notes. D'abord, que dire des environs de Paris? Ils ont tellement été décrits, chantés, détaillés, que véritablement je n'ose ajouter à leurs louanges. Chacun sait que Paris est un joyau d'une incomparable beauté. Mais on ne doit oublier que ses environs sont autant de perles qui l'entoure et en rehaussent singulièrement l'éclat. Nombreux sont ceux qui les admirent en amateurs, les ayant visités soit par désoeuvrement, par snobisme ou même par obligation. Seulement, plus nombreux sont ceux qui les aiment comme des amoureux, des amoureux fervents, comme le sont la plupart des Parisiens pour leurs environs. Et cela, parcequ'ils leur évoquent des heures de gaeîté, de joie, d'oubli, des instants de repos, des dimanches fleuris, des besoins de grand air, en un mot c'est souvent là où ils passent et où ils ont vécu les meilleurs moments de leur existence! Ce sont les Environs de Paris qui leur communiquent les premières effluves printanières, la griserie des belles journées ensoleillées et ils leur donnent surtout l'ineffable joie de se sentir vivre!
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