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Retranscription du Tuyau, numéro 40, page 2 (25 mai 1916)

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Se sentir revivre... c'est en exil, qu'il me faut griffonner de telles choses!!
Et il n'est pas besoin d'aller bien loin pour trouver la solitude, de riantes prairies, des bois assez touffus, des buissons odorants d'aubépine et de lilas.
Pour cela, prenez le bateau au Louvre ou à la Concorde, et vous ne regretterez pas votre voyage.
Dirigez-vous vers Meudon ou St Cloud, et faites de préférence cette excursion en semaine.
La promenade à travers Paris est fort belle, et, en peu de temps, vous arriverez au Viaduc d'Auteuil.
Le bateau quittant le ponton du "Point du Jour" passe rapidement sous une des nombreuses arches et immédiatement un spectacle splendide s'offre à votre vue: vous apercevrez à gauche les coteaux accidentés et pittoresques de Meudon et de St Cloud et à droite vous aurez le Bois de Boulogne.
Quel est celui des Parisiens qui ne connaît ce coup d'oeil? Peu, aucun même si j'ose dire.
Et quel est celui qui n'a pas été flâner dans ces parages, sur semaine? L'un, probablement, pour se distraire d'une journée commencée de façon mélancolique. L'autre - et celui-ci rira sous cape en se reconnaissant - afin de passer une après-midi agréable, en aimable compagnie dans un endroit champêtre, loin des rencontres indiscrètes. Mais la banlieue devient chaque jour plus dangereuse pour les gredaines: on y rencontre plus que des visages amis et gênés. D'aucuns parmi nous doivent en savoir quelque chose!
Malgré ces petits inconvénients, il faut dire que tous ceux qui se rappellent la vision de la banlieue en éprouvent une joie intense. Quant à moi, quelque soit l'endroit dont je me souvienne, j'en ressens, chaque fois, une émotion bien douce.
En effet, quoi de plus aimable, d'avenant, d'accueillant, de riant, que les environs de Paris? C'est au printemps surtout que vous en comprendrez toute la poésie. Et je connais peu d'endroits qui incitent mieux à... muser que tous ces bosquets en fleurs.
Vous me comprendrez mieux lorsque je vous aurai dit que vous avez sous la mains, lorsque le coeur vous y invite, une villégiature exquise et reposante. Et l'endroit que vous choisirez sera certainement aussi champêtre que certains coins à la mode sis à plusieurs heures d'auto, avec la différence que la chère y sera plus fine, les crûs meilleurs, les toilettes plus légères et que les convives y seront gais et enjoués!
Quant à ceux qui y ont élu domicile, ils trouvent dans la banlieue le summum de bien-être, et la façon la plus agréable de vivre que je connaisse.
A Paris ils ont leurs occupations journalières et leurs distractions; dans leur cottage, en banlieue, chaque soir, ils retrouvent le repos et la tranquillité si appréciables et introuvables dans la capitale.
Ils ont aussi l'agrément d'avoir la vie calme de "province" sans en subir les commérages et le "qu'en dira-t-on".
C'est ce qui contribue au charme des environs de Paris.
C'est également ce qui fait mon bonheur.
Seulement je ne vous en dirai pas plus long, car, de fil en aiguille, j'en arriverai vite aux confidences.
Je m'arrête. Mon article, que j'aurais volontiers laissé "en panne" est terminé; ouf! Mille souvenirs chantent dans ma mémoire, et ce coquin de soleil printanier me troublant les idées, il m'est difficile aujourd'hui d'écrire davantage.
J.Pairault


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