Retranscription du Tuyau, numéro 6, page 6 (19 août 1915)

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Provinciale

Le grand événèment au Camp IV de ces derniers huit jours a été la venue de la musique du 1er Camp qui nous a rendu moins morose notre 15 Août. Le plaisir qu'ont eu mes amis du 4e Camp à faire connaissance avec ces musiciens dont on parlait tant est immense et non moins vive est leur joie de penser qu'ils les reverront sauf accident tous les quinze jours.
La troupe théâtrale de la 4e Cie ne pouvant jouer malgré toute sa bonne volonté qu'un dimanche sur deux ce qui neccesite déjà de très grands efforts, les dimanches de rêlache se trouveront ainsi désormais marqués eux aussi d'une réjouissance. Assurément l'exécution du programme qui nous a été offert n'est pas encore absolument parfaite, mais on se rend compte que la musique fait le maximum vu les moyens dont elle dispose, et c'est l'essentiel. Mr Chatenet a un excellent coup de baguette et l'on distingue facilement parmi les exécutants des individualités très intéressantes comme un des premiers violons. Est-ce à cause du chef d'orchestre, si faute d'instruments presque indispensables comme le violoncelle, l'orchestration paraît selon les cas trop grêle ou trop forte et si l'absence fatale de certaines nuances cause parfois une impression de heurté? Lui-même le déplore, et plus que les autres.
L'ouverture du Khalife de Bagdad a paru donner moins prise à ces critiques que Werther, qui ne semble pas être encore tout à fait au point. Werther est de toutes les oeuvres de Massenet la plus populaire en Allemagne et c'est sans doute pour répondre à cette délicate attention du programme qu'a été accordée à l'orchestre l'autorisation de jouer la Marseillaise, exécutée avec brio et écoutée par tous les prisonniers avec émotion. Peut-être aurais-je préféré que notre chant national soit exécuté dans sa pûreté primitive sans ces mesures finales qui ne correspondent plus à des paroles et qui suivent les dernières mesures utiles "abreuvent nos sillons". Jamais la Garde Républicaine, au moins sous la direction Parès, ne les jouait respectant le texte primitif. Mais je sais très bien que les mesures ajoutées constituent une "tradition", à présent très solidement établie et quasi officielle. Remercions plutôt nos hôtes d'un jour du travail accompli et de l'inlassable bonne volonté qui les anime tous.
La Marchande d'écrevisses.

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Echos du 3e Camp

Nous avons eu dimanche dernier le grand plaisir de recevoir nos bons camarades et la musique du 1er Camp. La fête a été charmante.
A 1 heure 30, nos amis faisaient leur entrée, depuis longtemps déjà des groupes s'étaient formés et circulaient causant aimablement et se réjouissant d'avance des bons instants que nous allions passer. Enfin on signale l'arrivée de nos artistes et chacun se porte à leur rencontre. A la baraque 13b où devait avoir lieu le concert, tout le monde se place dans l'ordre le plus parfait et aussitôt le concert commence, car nos amis devaient aussi se rendre à la 4e Cie.
Du programme je ne me permettrai pas aucune critique, n'étant pas assez qualifié pour cela, néanmoins je crois résumer l'avis de chacun de nos camarades du camp en disant que les morceaux que nous avons eu le plaisir d'entendre étaient admirablement choisis. Le clou de la matinée était l'audition de Werther, inutile de dire avec quel plaisir nous avons écouté la délicieuse musique de Massenet et je ne remercierai jamais assez Mr Chatenet et ses aimables exécutants pour les bons moments qu'ils nous ont fait passer. A quand Manon et Lakmi! Mais ne nous montrons pas trop exigeant pour cette fois. Je dois également remercier Mr Chatenet pour l'amabilité qu'il a apportée à faire exécuter la "Marche des Poilus" réclamée avec insistance par tous les auditeurs.
La matinée a pris fin vers 3h30 et nos camarades se sont dirigés vers le Camp IV, c'est avec regret que chacun les a vu partir.
Nous espérons et souhaitons qu'ils nous reviendront bientôt.
E.Payelle