Retranscription du Tuyau, numéro 7, page 6 (26 août 1915)

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Une mort suspecte

Le corbeau dont le "Tuyau" entretenait ses lecteurs dans son dernier numéro est mort.
C'est la fin d'une légende. Les Corbeaux dit-on vivent plus longtemps que les hommes. N'empêche que celui-ci a succombé à deux mois de captivité, tandis que nous survivons à douze!..

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La Quinzaine Musicale

Chacun a pu remarquer dans les nombreux déplacements de l'orchestre du 1er Camp qu'une moins grande différence se remarquait entre le mince Monsieur Kircher et son gras instrument. Monsieur Kircher n'a pas maigri, mais le Groupe Musical vient de faire l'achat d'une nouvelle contrebasse qui, quoique moins imposante, remplit mieux le rôle qu'on attend. Ce nouvel instrument est une excellente acquisition et nous allons pouvoir enfin apprécier notre excellent contrebassiste à sa valeur.
M.Mrs Heugel et Cie, éditeurs de musique, ont adressé au Groupe Musical un colis contenant d'intéressantes partitions. Nous avons déjà envoyé nos plus vifs remerciements à la Mon Heugel.
Un de nos amis a offert au Groupe Musical quelques partitions qui lui ont été adressées de France. Un des morceaux est appelé à remporter un grand succès. Nos déplacements se multiplient. Nous donnons maintenant des concerts dans les quatre camps du 1er bataillon. Nous éprouvons le plus grand plaisir à être en mesure de divertir nos camarades de captivité.
On a dû remarquer, disposé par les soins de l'autorité allemande, à l'entrée de la salle aménagée pour le concert, un tronc ou, si vous voulez une cassette.
L'entrée n'en reste pas moins libre.
Les sommes recueillies dans ces cassettes sont destinées à deux usages. Une partie est versée à la caisse de secours mutuels du camp de Quedlinburg, l'autre revient à la caisse du Groupe Musical. Ces fonds nous serviront utilement à l'achat de musique et à assurer l'entretien des instruments. Nos remerciements reviennent aux donateurs.
Nous avons reçu un dons de nos camarades, de l'hopital. Nous apprécions leur délicatesse et nous les remercions de leur générosité.
Nous devons à Monsieur le Médecin-Chef la présence dans notre orchestre d'un nouveau violoniste, Monsieur Mestat.
Nous sommes honorés de l'intérêt que prend Monsieur le Médecin chef à nos efforts musicaux.
Monsieur Manière est aussi venu parmi nous. Après s'être refait la main au pupitre des 2e violons, il prend place avec les premiers parmi lesquels il saura bientôt se distinguer.
E.L. Ch. séparation

"Nos lettres"

Aurai-je une lettre demain? Chaque soir, à l'heure où dans le camp tout s'endort, combien d'entre nous rêvent aux êtres chers et se posent cette simple, mais troublante question. Aussi la sensation est-elle énorme quand de loin l'on distingue la silhouette du vaguemestre!!... Lucien tu as une lettre!!... moi aussi!!... Sur quel ton d'exaltation sont prononcés ces quelques mots! Avec quelle hâte fébrile on s'empresse de faire sauter la pochette qui clot les paroles d'amitié, de consolation, d'espoir qu'elle contient!
C'est qu'en effet le papier ne dit rien, les pensées sont tout. Insignifiants cartons! Insignifiantes et quelquefois badines lettres que nous vous chérissons: Vous êtes une partie de nous, qui venez vers nous, nous infuser un peu de la famille. Il semble que c'est la voix de la maman que l'on reconnaît dans les conseils écrits, la voix qui au berceau modulait quelques airs anciens pour bercer nos rêves de bambins jusqu'à la voix, parfois bien timide, lorsqu'il fallait, au jeune homme adresser quelques reproches! Mais à cette heure, ce n'est plus la voix timide qui semble résonner à nos oreilles, c'est la voix ferme, que l'on n'entendait qu'aux grands jours, aux veilles de manifestations solennelles de notre existence prématurée, qui dit: "Courage mon enfant! Espoir! Ais foi dans l'avenir, mes caresses ne te seront que plus douce".
Bonne lettre de ma maman revenez vite en plus grand nombre, vous éveillez mes souvenirs d'antan, quand après une peccadille, mes larmes et les