Retranscription du Tuyau, numéro 8, page 8 (2 septembre 1915)

Voir la page originale du journal ici

séparation

Les clarinettistes détenaient les "Anches"... les violonistes pressaient leur "Jamboneau" comme des prisonniers affamés, le cor regardait le pavillon de son instrument et se récriait ma "Coupelle" est belle!! En effet tout brillait!! La consigne était passée: que le métal des instruments soit jaune "Jeaune au" lieu de gris!! que tout s'harmonise comme les "Turk et" les Bulgares, et en effet, tandis que le piston donnait le fa dièze, les clarinettes en si dormaient le sol bémol!! Les autorités apprécièrent, encouragèrent, la presse dit éloges sur éloges et dans un banquet courtois, des toasts furent échangés, le chef prit la parole: "Mon jour" est venu comme disait "Jacob" sur son tas de paille, et pourvu qu'on ne casse pas le "Saucier" l'histoire avance avec quelques pages de "Calvet"...
Mon petit doigt s'est mis à rire!! Je ne le croyais pas si hâbleur, mais il fait partie d'une main de femme, et les femmes sont si bavardes.
Pour rapport conforme
H.Relant

séparation

Chronique sportive
Un défi

Les quelques jours de beau temps, qui la semaine dernière, sont venus nous rappeler que nous étions encore en été ont réattiré les joueurs de pelote à leur fronton. Nous avons revu aux prises, accompagnés de leurs adroits seconds, les deux farouches adversaires dans les veines de qui bout, à quelques degrés de différence, le sang du Midi. Ni la pluie, ni les chaleurs, et pas davantage deux nouveaux mois de captivité n'ont abattu leur ardeur et leur faconde, et leur présence sur le terrain s'est encore maintes fois révélée plus par leurs propres vociférations que par les cris d'admiration des spectateurs. Je veux bien que le fronton et le sol laissent à désirer, mais ce n'est pas une raison suffisante, il me semble parce qu'une pauvre petite lutte à des renvois malheureux ou qu'un trou malencontreux se permet d'engloutir la balle au moment précis où l'on croit la saisir, pour prendre aussitôt à partie, quelqu'habitude qu'il en aient, certains élus du Paradis, de misérables créatures dont le métier voudrait plutôt qu'on n'en prononçat jamais le nom, ou une maladie qui n'intéresse même plus les Arabes. Ces appels à des nobles tiers n'ayant jamais conjuré le mauvais sort ni ramené au calme de trop exubérantes natures, nous ont, au contraire, beaucoup trop souvent valu des fins de parties nerveuses, décousues et sans attrait. A deux ou trois reprises pourtant, l'exaspération même des joueurs, servant heureusement leur ferme volonté de gagner, les a faits se retrouver tels que nous avions eu maintes fois plaisir à les admirer. Des balles basses et rapides, des volées claquantes et sans réplique, des duels prolongés entre les extrêmes nous ont ramenés aux belles parties du Championnat. Le solide Biarrot-Miremont mena quelque temps la danse, battant plusieurs fois de suite, et avec assez d'aisance, son redoutable adversaire Aramburu, celui-ci piqué au vif se ressaisit et ne tarda pas à prendre sa revanche, les limonades coulèrent... Mais tout passe, tout lasse, surtout la limonade, et, se sentant aujourd'hui en possession de tous leurs moyens, Miremont le Biarrot et son fidèle équipier Caresse lancent au couple Aramburu- Nielsen un défi en soixante points, accompagné d'un enjeu de Cinq Marks. Nous ne doutons pas un seul instant que le Hendayais et son sympathique partenairene ne relèvent le gant.
Heureux élus du paradis, saintes femmes qui remplissez sur cette terre un oscur sacerdoce, turbulents microbes à l'humeur trop coulante, ouvrez l'ouïe. On va parler de vous devant le séchoir.
G.G.J.

Feuilles d'automne

C'était en novembre dernier, au Garnizon-lazarett, à Quedlinburg. Nous étions environ 80 Français malades ou blessés en traitement à cet hôpital. Il faisait un vilain temps d'automne, gris, maussade, nos âmes aussi étaient tristes. Pourtant nous étions moins moroses qu'au début de la captivité: Nous avions eu la permission d'écrire et vivions dans le doux espoir de lire bientôt une réponse.
D'aucuns en avaient déjà reçu et cela encourageait les autres. Parmis nos camarades il s'en trouvait un de mon régiment, malade depuis son arrivée dans le Harz et dont le mal empirait chaque jour. Un matin le délire le prit, peu de jours après notre ami était mort. Quelle triste fin de s'éteindre ainsi sur une couche d'hôpital, prisonnier loin des siens, de sa Patrie! mais fin glorieuse, certes! aussi belle que la mort trouvée au feu, dans la griserie et l'enthousiasme d'un bataille!
Ce pauvre camarade avait aussi écrit à sa famille: il disait qu'il était souffrant, mais bien soigné à l'hôpital et que son lit chaud lui faisait oublier les souffrances endurées