Retranscription du Tuyau, numéro 9, page 4 (9 septembre 1915)

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Chronique sportive
Une lutte de géants

Comme on pouvait s'y attendre, les distingués pelotaris Aramburu - Nielsen n'ont pas apporté la moindre hésitation à relever le défi qui leur avait été lancé la semaine dernière. Le Hendayais, surpris et quelque peu méprisant à l'égard d'une proposition qui lui paraissait revêtir le caractère de l'audace la plus outrecuidante du geste large du jeune premier à qui l'on demande quelque secours et qui jette généralement sa bourse, abandonna sur le champ dix points à ses adversaires. Ceux-ci sans scrupules, accptèrent l'aubaine.
Le match fut fixé à dimanche après-midi. Malgré que le temps fût peu engageant, tous les amateurs de sport et tout ce que la colonie compte de personnalités marquantes, se pressait vers 3h1/2 sur le terrain. On remarquait, entre autres tranchant sur la masse, ceux de nos élégants qui n'étaient pas allés promener autour d'un voisin ring de boxe, les dernières créations de la mode. Bien campé sur ses jambes guêtrées de cuir, impeccable dans sa tenue Kaki, la barbe lisse, les yeux perçants, l'adjudant Artola figurait la vivante image de l'arbitre intègre, sinon infaillible. La plus vive animation régnait parmi les spectateurs dont quelques-uns avaient engagé de respectables paris: l'équipe Aramburu - Nielsen malgré son handicap, était favorite.
Un murmure flatteur accueillit les joueurs à leur arrivée. Très calmes, l'allure souple, le regard clair, le visage empreint de la plus extrême sérénité, Aramburu et son fidèle allié prirent position, cependant que le puissant Miremont et son rablé compère Carresse, les yeux rieurs, la figure illuminée d'un sourire entendu, se faisaient les dernières recommandations. Quelques balles d'essai, et la lutte commença.
Hésitant tout d'abord, alors que les adversaires se tâtent et cherchent les points vulnérables, le jeu ne tarda pas à prendre de l'intérêt et vers le 20°point, après un ruxh remarquable, Aramburu - Nielsen ont déjà rattrapé une partie de leur handicap, le combat se resserre, une série de passes rapides tient quelque temps les spectateurs en émoi; les retardataires continuent à gagner peu à peu du terrain, ils parviennent à 20 points contre 25. Sur la touche, les partisans de l'équipe ascendante rayonnent, les autres commencent à s'inquiéter. Mais les lanceurs du défi, que talonne le danger, font plus solide encore leur poigne et plus vigoureuse leur détente, les balles passent rapides, et viennent avec fracas claquer sur le fronton où il semble qu'lles vont s'écraser; les deux trains s'échauffent, et c'est la pleine action. Les joueurs s'agitent, avancent, reculent, font des embardées, se baissent, ou sautent brusquement et jamais ne s'épuisent. Six fois, huit fois de suite la pelote vole, frappe et revient; qu'ils aient tapé à tour de bras ou laissé doucement mourir la balle, toujours une paume habile s'est trouvé là pour la reprendre, les assistants halètent... Soudain, une brusque défaillance des favoris. Malgré les suêrbes efforts de Nielsen qui, en pleine forme, répare souvent les maladresses de son partenaires, ils reperdent régulièrement une partie du terrain conquis, et leurs chances semblent bien compromises lorque l'arbitre annonce 58 points à la parte adverse, contre 49 seulement. Mais jamais le Hendayais ni son partenaire n'ont connu le découragement, doués de cette énergie et cette volonté tenace qui distinguent les vrais sportsmen, ils se ressaisirent au point d'imposer leur jeu à un adversaire que l'approche de la victoire émeut sans doute, et de le remonter, sans qu'il ai pu s'assurer un nouvel avantage à 56 points. Tout espoir n'était donc pas perdu, on le vit bien à la physionomie des malheureux parieurs qui venaient de passer par des transes terribles et dont les faces livides recommençaient seulement depuis peu à se colorer. Les minutes étaient solennelles, et le silence était tel, lorsqu'Aramburu, pour la 8e fois consécutive posa la balle à terre, qu'on en perçut le bruit. Bruit mat et clair, mais qui dût résonner de sinistre façon aux coeurs de ses partisans, car la pelote, tombée sur un caillou, dévia et fit manquer le but. Une sourde imprécation, la seule qu'on ait eu à entendre au cours de la partie, passa sur les lèvres pures du joueur malheureux. Car c'en était maintenant fini. A 59 points contre 56, l'issu n'était plus douteuse: les lanceurs du défi devaient immanquablement triompher. Il convient de dire à leur honneur qu'ils le firent sans bruit et furent les premiers à reconnaître la brillante défense de leurs valeureux antagonistes.
G.G.J.
MMrs Aramburu et Nielsen ne voulant pas rester sur une défaite, ont décider d'acoord en cela avec l'équipe concurrente de se rencontrer Dimanche prochain avec elle et dans les mêmes conditions.

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Dernière heure

la Censure n'ayant pas accordé son visa à l'article de notre critique militaire qui concernait les évènements survenus sur le front occidental se sepbre 1914, nous ne paraissons aujourd'hui que sur six pages, mais espérons dédommager nos lecteurs dans nos prochains numéros.