Retranscription du Tuyau, numéro 35, page 2 (23-30 mars 1916)

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et des espoirs que nous partageons tous.

Les anciens du camp de Quedlinburg réunis en un banquet comme chaque année depuis la guerre donnaient libre cours à leur joie de revoir des visages amis que l'âge avait un peu tirés, mais qui n'en restaient pas moins sympathiques et d'entendre des voix toujours chères bien que devenues un peu radoteuse. Et je n'ai pas trouvé cela si ridicule aurait dit François Coppé. Votre "folle du logis" peut en somme n'avoir pas été aussi folle ce jour-là que l'auraient laissé croire à première vue ses allures un peu désordonnées et son rêve pourrait très bien devenir une réalité. Nous voyons tous les jours des "labadens" d'institutions disparues continuer jusqu'à extinction la tradition d'agapes régulières, dont le menu laisse parfois à désirer, mais dont la bonne humeur et la cordialité laisse aux assistants la ferme intention de revenir la fois suivante. Et cependant ces "labadens" appartiennent à des promotions très différentes et la plupart n'ont eu de commun avec leurs voisins de table que l'identité des préaux où ils ont pris leurs récréations et des classes où ils ont traîné leurs fonds de culottes et leurs serviettes gonflées de livres. Quelle chance qui par hasard la mémoire d'un pion ou d'un garçon de salle attaché à l'établissement pendant quelque 20 ans et ayant par suite connu de nombreuses classes successives d'écoliers, donne le prétexte à l'échange de souvenirs communs un peu plus personnels. Les prisonniers que Quedlinburg ont des liens plus étroits. Ils ont connu les mêmes heures, partagé la même joie, les mêmes pensées et mis en commun leurs tristesse et leurs petites joies. Beaucoup souhaiteraient qu'une intimité si réelle ne cessât pas tout d'un coup au retour de la vie normale. Beaucoup voudraient du moins garder des jours de tristesse les solides amitiés contractées en ces temps d'éprouvés. C'est ce qui nous a incité, il y a quelques mois à réunir quelques mois à réunir quelques camarades français de la 4Cie et à jeter les bases d'une association dont nous vous adressons ci-joint à tout hasard le projet de statuts que nous avions dressé pour le soumettre aux autre Cie depuis lors, beaucoup de changements se sont produits, beaucoup de nos amis nous ont quittés et nous ne nous sentons plus assez forts pour procurer à l'association un premier noyau suffisant. Nous avons pensé alors que "le Tuyau" serait tout à fait qualifié pour reprendre notre idée et la conduire à bien s'il la trouvait intéressante et voulait bien la faire sienne.

Et c'est pourquoi nous vous écrivons aujourd'hui. Si vous jugez que la chose en vaut la peine, vous saurez, nous n'en doutons pas, trouver le moyen de réunir les anciens de Quedlinburg en des dîners périodiques à la bonne franquette d'où toute étiquette serait bannie. Plusieurs raisons vous inciteront, nous le supposons, à fixer à Paris, le centre de cette association, mais nous sommes sûrs que "Le Tuyau" qui actuellement passe en revue les provinces de France n'aura garde d'oublier nos camarades ( ne sont-ils pas la majorité?) qui n'habite pas la Capitale.

Pour terminer cette lettre, mon cher Monjour vous nous permettrez d'exprimer encore une autre pensée qui nous est venue. La création de l'association en question ne serait-elle pas un moyen de maintenir la vie à ce "Tuyau" que vous avez fondé que nous aimons tous et qui comme organe de la nouvelle société pourrait continuer son utile carrière?

Vos dévoués Jacques Pairault et Lucien Vacherot

Il n'est rien à ajouter à cette lettre!

La question est nettement et clairement posée, nos lecteurs peuvent y réfléchir. Nous examinerons attentivement dans les colonnes du "Tuyau" toutes les communications et propositions qui nous seront faites à ce sujet. Ce n'est que plus tard, lorsque nous serons tous d'accord, sur l'orientation de la future société qu'il nous sera possible d'en arrêter les statuts.

Pour l'instant, et c'est surtout cela qui presse, nous allons commencer à recueillir les adhésions, noms et adresses des camarades intéressés. Nos dépositaires se chargeront de ce travail dans leur camp respectif, et nous aviserons de la meilleure marche à suivre pour ce qui est des "Arbeits Kommandos".

Toutes les adresses des sociétaires seront publiées dans "Le Tuyau" par ordre de villes et des lieux d'origine. Nous commençons aujourd'hui par Paris et la banlieue. Cette publication terminée, nous reprendront ces adresses en un annuaire alphabétique qui sera offert à tous nos lecteurs et abonnés.

Les fondations de la société des "anciens de Quedlinburg" se trouvent posés dans leurs grandes lignes, c'est là l'essentiel. Le reste est question de détail, nous en reparlerons dans un de nos prochains numéros.

J.Monjour